Comment passer une canalisation sous la maison tout en préservant l’étanchéité contre le radon ?

Lorsque vous envisagez de faire passer une canalisation sous votre maison, il est essentiel de prendre en compte un aspect souvent négligé mais crucial : la protection contre le radon. Ce gaz radioactif naturel peut s'infiltrer par les moindres ouvertures dans les fondations, et toute intervention sur le soubassement représente une occasion de renforcer l'étanchéité de votre habitation. Que ce soit pour raccorder un réseau d'eau potable, installer une évacuation des eaux usées ou répondre à une servitude de passage, les travaux de canalisation doivent être planifiés avec soin pour ne pas créer de nouvelles voies d'entrée pour ce gaz dangereux. Cet article vous guide à travers les différentes étapes et précautions à prendre pour mener à bien ces travaux tout en garantissant la sécurité sanitaire de votre foyer.

Comprendre les risques du radon et l'importance de l'étanchéité

Qu'est-ce que le radon et pourquoi représente-t-il un danger pour votre habitation ?

Le radon est un gaz radioactif d'origine naturelle qui se forme par la désintégration de l'uranium présent dans les sols. Inodore, incolore et invisible, il peut s'infiltrer dans les habitations et s'accumuler jusqu'à atteindre des concentrations préoccupantes. Ce gaz est reconnu comme la deuxième cause de cancer du poumon après le tabagisme, ce qui en fait un enjeu majeur de santé publique. Les niveaux de radon sont mesurés en becquerels par mètre cube, et les autorités sanitaires recommandent de prendre des mesures correctives lorsque la concentration moyenne annuelle dépasse certains seuils. Santé Canada fixe ce seuil à 200 becquerels par mètre cube, tandis que d'autres organismes européens établissent des limites à 300 becquerels par mètre cube. Au-delà de 600 becquerels par mètre cube, les correctifs doivent être apportés dans un délai de moins d'un an, alors qu'entre 200 et 600 becquerels par mètre cube, un délai de deux ans est acceptable. Pour les concentrations dépassant 1000 becquerels par mètre cube, des mesures d'urgence sont nécessaires car les actions simples ne suffisent généralement plus à ramener les niveaux à un seuil acceptable. Cette radioactivité naturelle peut donc avoir des conséquences graves sur la santé des occupants, d'où l'importance de maintenir une étanchéité optimale des fondations.

Les points d'entrée du radon : où les canalisations peuvent créer des brèches

Le radon pénètre principalement dans les habitations par les interfaces entre le sol et le bâtiment. Toute perforation ou ouverture dans la dalle, les murs de fondation ou le vide sanitaire constitue une voie d'infiltration potentielle. Lorsque vous faites passer une canalisation sous la maison, vous créez inévitablement des perforations dans les structures existantes. Ces passages peuvent devenir des points d'entrée privilégiés pour le radon si l'étanchéité n'est pas assurée correctement. Les joints autour des tuyaux, les fissures dans les fondations élargies lors des travaux, et les ouvertures temporaires réalisées pour le passage des canalisations sont autant de brèches potentielles. Le puisard, souvent utilisé pour l'évacuation des eaux, peut également constituer une source d'infiltration si son étanchéité n'est pas parfaite. Il est donc crucial de considérer chaque intervention comme une opportunité d'améliorer la barrière étanche entre le sol et l'espace habitable. L'objectif est de limiter au maximum les échanges d'air entre le sous-sol et les zones habitées, tout en assurant une évacuation efficace de l'air chargé en radon vers l'extérieur.

Techniques de pose de canalisation qui garantissent la protection contre le radon

Le forage dirigé : une méthode qui limite les ouvertures dans les fondations

Le forage dirigé représente une technique de pointe pour faire passer des canalisations sous une habitation tout en minimisant les dégâts structurels. Cette méthode consiste à créer un tunnel souterrain précis sans avoir à excaver largement autour des fondations. L'avantage principal de cette approche est qu'elle réduit considérablement le nombre et la taille des ouvertures dans les structures existantes. En limitant les perforations, vous diminuez d'autant les risques de créer de nouvelles voies d'infiltration pour le radon. Cette technique est particulièrement recommandée lorsque la configuration du terrain et de la maison le permet. Elle préserve l'intégrité de la structure et facilite le maintien de l'étanchéité globale du bâtiment. Dans certains cas, le chemisage peut également être envisagé pour rénover une canalisation souterraine existante sans procéder à des excavations importantes. Cette méthode de réparation sans tranchée consiste à insérer un nouveau tuyau dans l'ancien, ce qui évite de perturber les systèmes d'étanchéité déjà en place. Pour les constructions neuves, il est d'ailleurs recommandé de prévoir dès la conception un vide sanitaire ventilé ou une couche perméable ventilée sous la dalle, ce qui facilite le passage des canalisations tout en maintenant une barrière efficace contre le radon.

Solutions d'étanchéité adaptées : joints spéciaux et membranes anti-radon

Une fois les canalisations en place, l'étanchéité des passages devient prioritaire. L'utilisation de joints spéciaux conçus pour maintenir une barrière étanche autour des tuyaux est essentielle. Ces joints doivent être réalisés avec des matériaux durables et résistants à la corrosion, capables de s'adapter aux mouvements naturels du bâtiment sans perdre leurs propriétés d'étanchéité. Il est important d'éviter le silicone et la mousse expansive qui ne garantissent pas une étanchéité durable face au radon. Les professionnels recommandent plutôt l'utilisation de membranes d'étanchéité spécifiquement conçues pour servir de pare-radon. Ces membranes, également appelées films antiradon, se posent entre le sol et le bâtiment pour créer une barrière continue. Elles doivent être installées avec soin, en s'assurant que les joints entre les lés sont parfaitement étanches et que toutes les pénétrations, y compris celles des canalisations, sont correctement scellées. Dans les bâtiments existants où des travaux de canalisation sont entrepris, l'installation d'un pare-vapeur en combinaison avec un colmatage méticuleux des fissures peut considérablement améliorer l'étanchéité globale. L'isolation des fondations doit également être prise en compte car une mauvaise isolation peut entraîner des condensations qui dégradent l'efficacité des systèmes d'étanchéité. Le choix des matériaux est donc crucial, avec une préférence pour des tuyaux en polyéthylène haute densité ou en PVC qui offrent une bonne résistance dans le temps et facilitent les connexions étanches.

Mise en œuvre pratique et précautions à prendre lors des travaux

Préparer le chantier : diagnostic radon préalable et choix des matériaux

Avant d'entreprendre les travaux de canalisation, il est indispensable de réaliser un diagnostic du bâtiment pour évaluer les niveaux de radon existants. Cette étape permet d'identifier les zones problématiques et d'adapter les mesures de prévention en conséquence. Si les concentrations de radon dépassent déjà 300 becquerels par mètre cube, les travaux devront intégrer des mesures renforcées d'étanchéité. Une inspection méthodique des fondations permet de repérer les fissures existantes, les défauts d'étanchéité au niveau des portes et fenêtres du sous-sol, et l'état général de la ventilation. Le tracé de la canalisation doit être déterminé avec précision en tenant compte des contraintes du terrain et de la configuration de la maison. Il faut également vérifier auprès de la mairie les éventuelles réglementations spécifiques et obtenir les autorisations nécessaires avant de démarrer. Le Code rural encadre les servitudes de canalisation, et si la canalisation dessert un voisin, une convention de servitude doit être établie entre les propriétaires concernés. Cette convention précise les modalités d'entretien, de réparation et d'accès à la canalisation. Sur le plan des matériaux, il faut privilégier des tuyaux durables et conformes aux normes en vigueur, particulièrement pour les canalisations d'eau potable. La planification doit également inclure la mise en place d'une ventilation adaptée avec échangeur de chaleur pour maintenir un renouvellement d'air suffisant sans compromettre l'efficacité énergétique du bâtiment. L'assurance est un autre aspect à ne pas négliger : il convient de vérifier que votre contrat couvre les éventuels dommages causés par les travaux et de souscrire une assurance dommage-ouvrage pour se prémunir contre les malfaçons.

Contrôler l'étanchéité après installation : tests et mesures de concentration de radon

Une fois les travaux de canalisation terminés et les systèmes d'étanchéité mis en place, il est primordial de vérifier leur efficacité par des tests appropriés. La mesure de la concentration de radon doit être effectuée après un délai suffisant pour que les conditions se stabilisent, généralement plusieurs semaines après la fin des travaux. L'utilisation de détecteurs de radon à long terme permet d'obtenir une moyenne annuelle fiable. Si les mesures révèlent des concentrations supérieures à 300 becquerels par mètre cube, des actions complémentaires sont nécessaires. Ces actions peuvent inclure l'amélioration de l'étanchéité des portes et fenêtres du sous-sol, la vérification et la réparation de la ventilation, ainsi que l'amélioration de l'aération du soubassement. Pour les niveaux dépassant 600 becquerels par mètre cube, des interventions plus contraignantes sont requises, comme l'installation d'une colonne de dépressurisation. Cette colonne, d'un diamètre d'environ quatre pouces, permet d'évacuer le radon présent sous la dalle avant qu'il ne pénètre dans l'habitation. Le coût estimé des matériaux pour une telle colonne se situe autour de 500 dollars, mais peut atteindre entre 800 et 5000 dollars si des travaux de perçage et de scellement importants sont nécessaires. Un système passif peut dans un premier temps être installé, et si son efficacité s'avère insuffisante, un ventilateur peut être ajouté pour créer un système actif. La sortie du tuyau d'évent doit être située à au moins un mètre des fenêtres, portes et autres points d'aération pour éviter que le radon évacué ne soit réaspiré dans l'habitation. Le système de mise en dépression du sol est considéré comme le plus efficace pour réduire les concentrations de radon. Il consiste à créer une légère dépression sous la dalle, empêchant ainsi le radon de s'infiltrer vers les zones habitées. L'objectif après remédiation est de viser une concentration en dessous de 100 becquerels par mètre cube, et certainement en dessous de 300 becquerels par mètre cube. Il est essentiel de laisser une trousse de détection de radon au propriétaire pour un suivi à long terme et de vérifier régulièrement l'efficacité des mesures mises en place.

En complément de ces mesures techniques, il est important d'adopter des comportements quotidiens favorisant la réduction du radon. Aérer régulièrement les pièces, environ dix minutes deux à trois fois par jour, contribue à diminuer les concentrations. La vérification régulière du bon fonctionnement de la ventilation mécanique contrôlée, particulièrement les VMC double flux qui permettent de renouveler l'air tout en limitant les pertes thermiques, est également recommandée. Le nettoyage des entrées d'air ne doit pas être négligé car leur obstruction réduit l'efficacité de la ventilation globale. Dans les constructions neuves, la pose d'une membrane d'étanchéité antiradon dès la construction constitue une mesure préventive efficace et économique. Ces précautions, combinées à une installation soignée des canalisations et à un suivi régulier des concentrations de radon, garantissent un environnement intérieur sain et sécurisé pour tous les occupants de l'habitation.

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